Le poids des déterminants de santé
C’est moins le difficile accès aux soins que les conditions d’existence (pénibilité du travail, insalubrité de l’habitat, alimentation mal équilibrée, hygiène déficiente) qui expliquent la morbidité et la mortalité au début de la Troisième République. Si les bouffées épidémiques sont circonscrites localement, tel le choléra à Lorient et ses alentours en 1892 (231 morts), les maladies transmissibles restent des causes majeures de décès : la variole sévit toujours dans le Morbihan (1 770 morts en 1889) malgré la vaccine ; la typhoïde et la diphtérie touchent régulièrement les villes (quelque 900 décès cumulés à Nantes vers 1880).

Une offre de soins longtemps insuffisante
Malgré un quadruplement de leur nombre en soixante-dix ans, les médecins demeurent, en 1965, toujours moins nombreux en Bretagne qu’en moyenne en France (8,4 médecins pour 10 000 habitants contre 11,7). De plus, ils se concentrent dans les villes principales. Dans le Morbihan, l’un des départements les moins médicalisés du pays, 40 % d’entre eux exercent à Vannes et Lorient en 1954. Avec la régionalisation de la formation (facultés de médecine à Rennes et Nantes puis à Brest), les installations se multiplient et un rééquilibrage s’opère progressivement : en 2000, 97 % de la population réside à moins de 5 km d’un généraliste.
La situation était également délicate pour les établissements de santé alors que la population hésitait moins à se faire hospitaliser après 1945 (70 % des costarmoricaines accouchent à l’hôpital ou en clinique en 1960). Parce que beaucoup d’établissements n’étaient plus aux normes, il fallait les moderniser (plateaux techniques) et améliorer leur accueil. Un soutien financier de l’État était nécessaire ; la Bretagne en profitera dans les années 1960 et surtout 1970 (plan médico-hospitalier).
La région va ainsi peu à peu combler son retard : en 2012, la densité de professionnels de santé de premiers recours y est comparable à la moyenne, l’activité hospitalière légèrement moindre et le taux d’équipement en établissements médicosociaux supérieur. Mais de nouvelles tensions se font jour : non-remplacement de généralistes dans les zones moins attractives ; déficit croissant de certaines spécialités. En outre, les progrès observés ne concernent pas à l’identique tous les territoires, ni toutes les catégories sociales. Les écarts infrarégionaux (entre l’Est et l’Ouest, le littoral et l’intérieur) sont aussi importants que les écarts entre la région et la moyenne nationale.
La santé, affaire régionale
Longtemps, les actions sanitaires et sociales sont restées de la compétence quasi exclusive des collectivités locales, municipalités (hôpitaux et hospices, bureaux de bienfaisance) et départements (asiles d’aliénés, enfance assistée). L’implication des élus était donc essentielle. Le rôle du conseil général fut ainsi déterminant pour faire du Finistère un département pilote en matière de lutte contre la tuberculose dans l’entre-deux-guerres.
Cette situation était décriée par les hygiénistes qui, dès le XIXe siècle, souhaitaient une régulation plus forte du pouvoir central. Si celle-ci se précise petit à petit, il faut attendre les années 1970 pour que la santé devienne pleinement l’affaire de l’État. La répartition des compétences au moment de la décentralisation en résulte : la santé à l’État ; le social aux collectivités territoriales. Parallèlement, s’affirme le rôle de décision et d’impulsion de l’échelon régional (réforme de l’administration des affaires sociales en 1977), un rôle conforté depuis par la création des agences régionales de santé (2010). Mais pour agir sur les déterminants de santé et réduire les inégalités infrarégionales, il faut concilier les besoins du terrain et les politiques nationales : c’est là un défi pour les instances de la démocratie sanitaire (conférences régionales et des territoires) et les collectivités locales (villes OMS, animation territoriale de santé soutenue par la Région).

Liens vers des sites et des documents
Lieux de visites - Expositions
- Exposition itinérante sur l’histoire de la médecine en Bretagne, Espace des sciences Rennes : www.espace-sciences.org/expositions-itinerantes/la-medecine-en-bretagne
- Conservatoire du patrimoine hospitalier de Rennes (promotion du patrimoine hospitalier régional) : www.cphr.fr
Liens vers des sites sur la santé
- ARS Bretagne, pages Politique régionale de santé : www.ars.bretagne.sante.fr/Politique-regionale-de-sante.123340.0.html
- Région Bretagne. Page Promouvoir la santé publique : www.bretagne.bzh/jcms/c_12817/fr/promouvoir-la-sante-publique
- Observatoire régional de la santé de Bretagne (ORSB) : www.orsbretagne.typepad.fr
- Tableau de Bord Santé Pays : www.santepays.bzh [Santé Pays a été réalisé par l'ORS Bretagne avec le soutien financier du Conseil Régional de Bretagne]
- Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé (Ireps) de Bretagne : http://www.irepsbretagne.fr
Épidémies :
- 1832 : le choléra-morbus visite Quimper. Grenier de la mémoire sur le site de la ville de Quimper : www.quimper.bzh/1039-1832-le-cholera-morbus-visite-quimper.htm
- Page France 3 Bretagne à propos du documentaire de Christophe Cocherie "Vannes 1955, au cœur de l'épidémie", co-production France Télévisions / Vivement Lundi, diffusé le mardi 2 juin 2015 : france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/2015/04/20/vannes-1955-au-coeur-de-l-epidemie-un-documentaire-sur-la-derniere-epidemie-de-variole-en-france-708811.html
- La dernière épidémie de variole en France métropolitaine, celle de Vannes en 1954-1955 : François Goursolas « Une épidémie de variole en Bretagne. 1954-1955 », Histoire des sciences médicales, 2004, n° 1, pp. 99-108.
Hygiène publique
Histoire de l'accès à l'eau potable à Quimper : de la borne fontaine à la distribution à domicile [2 pages]. Grenier de la mémoire sur le site de la ville de Quimper :
- www.quimper.bzh/1047-histoire-de-l-acces-a-l-eau-potable-a-quimper-de-la-borne-fontaine-a-la-distribution-a-domicile-1-2-.htm
- www.quimper.bzh/1048-histoire-de-l-acces-a-l-eau-potable-a-quimper-de-la-borne-fontaine-a-la-distribution-a-domicile-2-2-.htm
Reportages sur le site Ina.fr
- Les quadruplés de Vannes. Bretagne actualités, 19 janvier 1965 (maternité hop. Vannes) : www.ina.fr/video/RYC9711126472
- Exercer la médecine à Sein. Situation à 12 ans d’intervalle (arrivée et départ en retraite du même médecin) sur l’ile de Sein
- Interview du nouveau médecin de l'île de Sein. 07 août 1989 02min 02s : http://www.ina.fr/video/I00012887
- Succession du médecin de l'île de Sein, 20 heures le journal 18 avril 2001 01min 58s : www.ina.fr/video/CAB01019404
- L'eau potable (Vannes), Bretagne actualités / ORTF - 28/02/1969 - 00h03m58s : www.ina.fr/video/RXF01017894
Bibliographie
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- Bienvenu André, Le portement en Haote-Bertagne : filomie, maos et deus, rmaedes et ‘herbolées. La santé en pays gallo : anatomie, maladies et médicaments naturels, Rennes, Rue des scribes, 2009, 103 p.
- Collectif, La santé et la mer en Bretagne, Rennes, Institut culturel de Bretagne, coll. Anthropologie, 1997, 208 p.
- Collectif, Regards sur la médecine et la pharmacie en Bretagne, Rennes, Institut culturel de Bretagne, coll. Anthropologie, 1991, 190 p.
- Collectif, Les Bretons et leur santé 1500-1900, Catalogue de l’exposition inaugurée le 23 juin 1995 au château de Kerjean en Saint-Vougay, Château de Kerjean, 1995, 108 p.
- Fillaut Thierry (dir.), Lieux de soins, lieux d’histoire : la Bretagne. Guide d’histoire hospitalière, Rennes, ENSP, 1995, 224 p.
- id, « Médecins et société en Bretagne (1892-1930) », Kreiz, Études sur la Bretagne et les pays celtiques, 1999, n° 10 (« Élites et notables en Bretagne de l’Ancien Régime à nos jours »), p. 177-189.
- Goubert Jean-Pierre, Malades et médecins à Saint-Malo à la veille de la Révolution, Rennes, PUR, 2013, 166 p.
- Goursolas François « Une épidémie de variole en Bretagne. 1954-1955 », Histoire des sciences médicales, 2004, n° 1, p. 99-108.
[En ligne sur le site BIUM Santé Paris] - Kervella Goulc’han, Médecine et littérature en langue bretonne aux XIXe et XXe siècles. Medisinerez ha lennegez vrezoneg en XIXvet hag en XXvet kantved, Brest, Éd. du Liogan, 1991, 335 p.
- Léonard Jacques, « La santé publique en Bretagne en 1889 », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 91, 3, 1984, p. 287-307.
[en ligne sur Persée] - Levasseur Gwénola, Schweyer François-Xavier, « La médecine générale en Bretagne », Les dossiers de l’Urcam en Bretagne, n° spécial, septembre 2003, 20 p.
- Loncle Patricia, « La mise en œuvre des politiques de santé publique au niveau local : "l’animation territoriale en santé en Bretagne" », Sciences sociales et santé, 2009, 27-1, p. 5-31.
[en ligne sur Persée] - Merrien François-Xavier, La bataille des eaux : l’hygiène à Rennes au XIXe siècle, Rennes, PUR, 1994, 164 p.
- Observatoire régional de santé de Bretagne, La santé en Bretagne, Rennes, ORSB-ENSP, 1989, 244 p.
- Pecker Jean, Avril Jean-Loup et Faivre Jean (dir.), La santé en Bretagne, Paris, Hervas, 1992, 546 p.
Filmographie
- Le Guérisseur - Film de Yves Ciampi, 1954, 1 h 30. Avec Jean Marais, Danièle Delorme, Dieter Borsche.
Résumé : À Dinan, l’histoire d’un médecin devenu magnétiseur.
Fiche cinémathèque de Bretagne - L’Amour d’une femme - Film de Jean Grémillon, 1953, 1 h 45. Avec Micheline Presle, Massimo Girotti, Gaby Morlay.
Résumé : Une femme médecin à Ouessant.
Fiche cinémathèque de Bretagne




